Elle a grandi comme dans un village. Un village de fête, de voisins, de liens chaleureux où la paroisse était le pôle de ralliement et faisait se rencontrer les futurs maris et épouses. Elle a grandi dans un village où tout le monde se connaissait, où dix portes s’ouvraient lorsqu’il fallait faire garder les enfants du fait d’un imprévu. Un village d’échoppes, boutiques et petits métiers du meuble : tapissiers, doreurs, tourneurs sur bois, ébénistes, rempailleurs, artisans du cuir, marqueteurs. À tous les pas de portes, dans toutes les cours d’immeubles où les herbes poussaient entre les pavés. Elle en a gardé des souvenirs émerveillés et des amitiés pour la vie.
Elle a pourtant souhaité venir à la campagne. Avec son mari, ils avaient des rêves d’animaux, de potager et de jardin. Bien avant la mode et la permaculture. Et cela, ils ne pouvaient l’assouvir là où ils vivaient. Parce que leur village, c’était un coin du 11ème arrondissement de Paris, entre faubourg Saint Antoine et passage de la Bonne Graine, rue des Taillandiers et celle de la Roquette. Beaucoup d’amis mais pas de jardin, c’était impossible. Il fallait trouver l’espace mais ne pas aller trop loin pour pouvoir revenir souvent. La solution était en vallée de Chevreuse.

© Patrice Molinard
Le terrain où ils ont fait bâtir leur maison était alors un champ. On s’y prélasse aujourd’hui à l’ombre d’arbres majestueux dont elle doit même faire étêter certains pour ne pas être noyée d’ombre. Le jardin a plusieurs visages : le jardin japonais, les roses, le coin des prêles autour de la mare, le jardin romantique, le potager et bien sûr, la prairie pour le vieux cheval. Désormais sans son mari, elle demeure toujours dans cette grande maison d’Élancourt. Elle l’a appelée l’escale champêtre, accueillant soirées poétiques ou musicales, visiteurs et touristes autour des bons plats qu’elle cuisine.
Voilà ce qu’a été « se mettre au vert » pour Juliette : faire surgir dans un champ son coin de paradis.
