Comme dans un palais
Je viens la rencontrer là où elle officie, à la bibliothèque de La Celle-les-Bordes. Je n’ai pas croisé âme qui vive devant ni sur la route, en ce mercredi après-midi. Bâtiment moderne, le style « salle polyvalente » pour ce foyer rural qui en est justement une. Personne à l’entrée, on pénètre librement. Un écriteau invite à monter jusqu’au premier si c’est la bibliothèque que l’on cherche. Et là, dès le couloir, ça s’anime : exposition de photos animalières magnifiques sur le mur gauche, dessins colorés de planches d’album jeunesse à droite. Le ton est donné.
Elle est derrière le petit bureau, affairée et radieuse. « Christine Coutris ? » dit-elle. Non que ma ponctualité lui facilite la tâche, c’est juste parce qu’elle ne me connaissait pas alors qu’elle connait généralement chaque personne qui arrive ! Je le constate par la suite : nous ne pourrons pas nous parler plus de 10 minutes sans interruption. Questions de la nouvelle bénévole à laquelle il faut expliquer le maniement du logiciel de gestion des prêts, demandes des « usagers » qui ne cessent d’affluer, tranquillement mais continument. Des femmes surtout, un couple aussi, une mère et son enfant qui vient peu après avec sérieux déposer son chargement de 6 ou 7 livres en annonçant que ça n’est là que la première partie de son emprunt…
Ça bourdonne. L’autre bénévole présente range la réserve, extension de la salle principale puisque les collections débordent. Sylvie me propose un café et me fait faire le tour des collections. Elle présente avec joie le « challenge » qu’elles avaient inventé l’an dernier. Il s’agissait de lire pendant l’année 52 livres qui rempliraient 52 différentes caractéristiques imposées. Comme celle d’être un roman étranger ou d’avoir du bleu sur la couverture ou de comporter le nom d’une ville dans le titre. Cette invention lui plait. Elle a plu aussi au public ! Le fait d’avoir lu ou non le quota requis n’avait finalement pas la moindre importance. L’idée était de soutenir la curiosité et promouvoir le goût de la lecture. Dût-on en passer par ce sens du défi propre à stimuler les appétits.
Est-ce sa charge d’élue qui la rend si sensible à ce sujet ? Le foyer rural de ce village étiré en différents hameaux est un cœur de vie important à maintenir, certes, mais ça n’est pas la seule raison. La gourmandise avec laquelle elle me montre les illustrations originales qu’elle est fière de pouvoir présenter est celle d’une amatrice. Sensible à la valeur de la culture, celle du beau et des mots, de la transmission et du lien local dans ces zones où on a vite tendance à monter dans sa voiture pour aller ailleurs, quel que soit ce qu’on cherche. J’apprécie ! Elle est ici comme une reine en son palais, même s’il ne fait que quelques dizaines de mètres carré. Un palais à tout le monde et qui peut accueillir toutes les reines et les rois qui le souhaitent.

En bas : château de Bizy en livres, image empruntée à un flyer du salon du livre 2017 à Vernon (Eure)